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22/12/2012

Un conte : Le Noël de Rigobert Trémol

 

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Noël  pour fêter en famille ce moment de joie et d'espérance. Je pense à ceux et celles qui seront seuls et leur adresse une amicale pensée. J'ai trouvé dans le livre "Contes pour Noël" de Jacques Raux un conte sur les rencontres et l'amitié. Ce poète du terroir, par son propos,  nous donne à réfléchir sur l'individualisme d'aujourdhui.

Un joyeux Noël à toutes et à tous.

Rigobert Trémol, percepteur célibataire dans un petit chef-lieu de Canton, n'avait jamais souhaité d'autre bonheur dans sa vie que celui de rencontrer un véritable ami.

Ah ! L'amitié, la vraie, il en rêvait jour et nuit.

Tout enfant, il avait cru la connaître en partageant les jeux du fils d'un épicier. Il lui faisait confiance et lui pardonnait tous ses caprices sans la moindre arrière-pensée...

Mais ne voilà-t-il pas que cet ami qu'il jugeait loyal lui déroba un sac de billes et mentit sans rougir. Du coup, il l'abandonna, blessé par cette trahison.

Plus tard, à l'âge des amourettes, au soir d'une fête foraine, il aperçut une demoiselle portant des bas de coton gris et un chapeau de paille à fleurs. Il pensa qu'il pouvait lui plaire. C'est pourquoi dans les flonflons du bal en plein air, il eut la hardiesse de lui glisser timidement dans l'oreille :

— Je vous inviterais bien, mais je ne sais pas danser.

— Moi non plus, répondit-elle, simplement.

Cette réponse l'enchanta et il pensa aussitôt qu'ils étaient faits l'un pour l'autre.

— J'ai trouvé l'âme sœur, se répéta-t-il durant toute une semaine avant de la revoir.

— C'est elle que j'épouserai, se dit-il... nous irons du même pas dans la vie.

Malheureusement, il dut reconnaître rapidement qu'elle était d'une niaiserie désarmante et qu'elle riait sottement à tous ses propos. En dépit de son charme sans apprêts, elle incarnait la bêtise.

— Bah ! Ce n'est pas encore avec elle que je comblerai ma passion pour l'amitié, soupira-t-il... Il vaut mieux l'oublier.

Et il l'oublia sans trop de peine.

A quelque temps de là, il fit connaissance à la Bibliothèque Municipale de la ville voisine avec un professeur en retraite qui farfouillait dans les rayons de livres. Le hasard lui permit d'échanger quelques mots avec lui :

— Vous aimez Victor Hugo ?

— Bien sûr... et tous les Romantiques.

Là, encore, il s'imagina que leurs goûts communs pouvaient donner naissance à une solide amitié. Ils se rencontrèrent de nouveau, bavardèrent, déjeunèrent ensemble dans une auberge où ils apprécièrent, de concert, une friture de goujons.

— Enfin, se dit-il, j'ai découvert un ami qui me comprend... Avec lui, les dimanches d'été, j'irai m'entretenir de littérature et de grammaire à la ville sous les tilleuls du jardin public.

Leur entente fut de courte durée. Ils se heurtèrent au sujet de l'emploi de l'imparfait du subjonctif. Le professeur l'abhorrait alors que Rigobert lui trouvait un petit charme vieillot qui l'enchantait... Leurs chamailleries à ce propos, suivies de quelques autres de même nature, firent qu'ils se brouillèrent.

— Décidément, se lamenta Rigobert, je ne rencontrerai donc pas sur cette planète, un être avec lequel je serai en parfait accord.

Il eut cependant un nouvel espoir lorsqu'il atteignit la quarantaine.

Un jour d'hiver, à l'issue d'un enterrement, il retrouva, au café, un camarade de pension qu'il avait perdu de vue depuis plus de vingt-cinq ans et qui tenait une pharmacie à moins de trente kilomètres.

— Ah ! vieille branche, que je suis donc heureux de te revoir !

— Et moi de même ! Que deviens-tu ?

— Je suis percepteur...

— Un métier très honorable, mon cher... Marié ?

— Non, célibataire.

— Je le suis aussi.

Et les voilà qui se plongent dans leurs souvenirs, bavardent sans tenir compte de l'heure et décident de renouer leur ancienne amitié. C'étaient donc là d'heureuses et plaisantes retrouvailles. A cet égard, l'enterrement avait eu du bon.

Ils se revirent dès la semaine suivante. Sept lieues seulement les séparaient. Ce n'était pas la mer à boire. Aussi les vit-on chaque dimanche durant plusieurs mois parcourir ensemble le pays, visitant ça et là quelque demeure historique ouverte au public, cherchant des champignons, allant à la pêche dans les rivières et les étangs.

C'est alors que s'ouvrit une période électorale... Las ! Ils constatèrent soudain qu'ils n'étaient vraiment pas du même bord, et leurs propos, si paisibles jusque-là, s'enflammèrent. Ils se jetèrent à la tête des paroles désobligeantes. Ce fut la rupture... une rupture sans recours possible après une longue période de franche camaraderie, et Rigobert se retrouva seul, une fois de plus, avec ses pensées moroses et son appel sans écho vers l'amitié.

De nouvelles années de solitude s'écoulèrent... Et, c'est ainsi qu'un soir à la veille de Noël, afin de dissiper ses idées-noires, il décida de partir à pied, dans la campagne, un bâton à la main.

Il traversa le bourg où, ça et là, des échappées de lumière satinaient la première neige épandue sur le sol. Il entendait aussi des voix assourdies et des rires derrière les fenêtres aux volets clos.

— Ceux-là, au moins, ne sont pas seuls, murmura-t-il... Ils fêtent joyeusement Noël alors que je ne suis qu'une pauvre âme en peine.

Il activa le pas et se retrouva bientôt sur la grande route. Il marcha longtemps puis s'engagea, au hasard, dans un chemin bordier serpentant entre des haies qui commençaient à blanchir.

Soudain, il aperçut de blondes lueurs derrière le sombre feuillage d'un grand sapin saupoudré de neige. Elles venaient des fenêtres d'une longue maison basse.

— Oh ! s'écria-t-il, que cette demeure me paraît donc accueillante avec ses volutes de fumée grise et ses petites vitres en losange. N'est-elle pas à l'image de celles qui font rêver dans les Contes d'hiver ?

Il s'approcha et frappa discrètement.

— Entre ! Lui crièrent aussitôt plusieurs voix.

Cet "entre" qui n'était pas "entrez" l'étonna. Pourquoi les occupants de cette demeure, sans l'avoir vu encore, se montraient-ils si familiers et si bienveillants ?

Il poussa la porte et ce fut un éblouissement. Dans une atmosphère de songe où mille petites lumières colorées se mêlaient au flamboiement des bûches dans la cheminée, quatre personnages immobiles se tenaient assis autour d'une table servie pour un repas de fête.

Il y avait là un enfant souriant, un adolescent avec une raie bien faite et un veston de fantaisie, un adulte au visage un peu grave et un homme mûr d'une quarantaine d'années... Il les reconnut aussitôt car ces êtres étranges n'étaient autres que lui à différentes époques de sa vie... époques durant lesquelles il avait espéré en vain découvrir l'amitié.

Alors, sans plus s'étonner, il prit place à la table où ces ombres de son passé l'attendaient en cette nuit de Noël, et il comprit soudain, dans le brouhaha des cris de joie, des rires, des voix chaleureuses qui s'entremêlaient, que son seul et véritable ami, le plus fidèle et le moins décevant, ne pouvait être que lui-même.

Commentaires

Très joli message. Joyeux Noël.

Écrit par : nathalie-noelle | 22/12/2012

Les commentaires sont fermés.

 
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