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18/01/2013

Madame Bonbon ou la mort du petit commerce

Le dernier colporteur du Pays de Caux (pas loin d'ici) a raconté dans un petit livre illustré la vie d'un village de campagne, le café-épicerie, le marché, les fromages ... au travers du personnage de Madame Bonbon. 

par mont caux006.jpg

Aujourd'hui il neige. Quel regret de ne plus avoir une petite épicerie et un dépot de pain à proximité. Et pourquoi pas un café pour réunir les ainés du village. Autrefois il y avait même une boucherie .Le dernier café épicerie est en vente depuis longtemps. Pas d'acquéreur.

Voci l'histoire de Madame Bonbon, au temps où le petit commerce était florissant, à condition de ne pas faire crédit ...

Il est aisé d'ouvrir boutique,
Plus difficile de la tenir ouverte.
Proverbe chinois

[…] Madame Bonbon évoqua le passé, elle en parlait facilement sans se faire prier.

 "Pensez donc, dit la vieille dame de sa voix mélodieuse bercée de souvenirs d'antan, c'est avant-guerre que mon mari et moi avons décidé d'exploiter "La Mère l'Oie", un café-épicerie réputé à l'époque dans tout le canton. Nicolas était marchand de chevaux à Saint Sébastien de Morsent, moi j'étais modiste à Rouen. Nous étions jeunes et pleins d'allant. J'aimais mon mari, mais il fallait aussi plaire aux clients. Aussi vendais-je dans mon café-épicerie le meilleur cidre fermier de la région, un quartaut (*) tous les vendredis, et mes omelettes au lard sont devenues cinq ans plus tard, les plus recherchées du marché noir. A cette époque, même l'Hostellerie des "Vieux Plats" à Gonneville-la-Mallet ne dépassait pas ma réputation. Pourtant, ce qui m'enchantait par-dessus tout, c'était le commerce de mon neufchâtel, ce merveilleux petit fromage à la chair couleur neige, mon péché mignon".

 "Ah, le neufchâtel ! Comme cette appellation sonne suavement aux oreilles des gens d'ici"

 poursuivit-elle toute pénétrée de son sujet. En disant cela, l'ancienne tenancière se concentrait si fort sur son passé, qu'on pouvait presque l'entendre changer d'idées.

café bonbon  005.jpg

 "J'envoie faire lanlaire, ces parisiens ignorants qui confondent le neufchâtel, quel malheur, avec un fromage suisse ! Au demeurant ces pooovres ont faux deux fois, puisque le p'tit suisse, comme son nom ne l'indique pas, a également été inventé ch'eu nous",

 précisa la vieille dame, l'air conquérant.

 "Ecoutez le roucouler son motet, mon petit chantre blanc si raffiné sous sa croûte fleurie",

 poursuivit la marchande d'une seule haleine, en portant la pâte à hauteur de mon oreille, comme font les enfants aux coquillages pour écouter la rumeur des marées.

 "Désormais mon vieux café est fermé".

En disant cela, je détectai dans sa voix un persistant regret. Pourtant je vends encore en catimini, aux grands comme aux petits, le p'tit fromage d'ici avec de surcroît pour chaque achat, un bonbon d'Isigny en promotion, d'où l'origine de mon surnom. Qu'il soit en forme de gros cœur ou de lingot, son arôme délicat vous ravira, emmènera votre nez dans une promenade incomparable. Posez délicatement de la pointe du couteau un morceau de cette pâte onctueuse sur la langue, laissez-le fondre lentement dans votre palais, mouillez ensuite avec une bolée de cidre, il contera ainsi à vos papilles tous les secrets de la Normandie. Assez ! des gorgonzolas, lerdamers, fêtas et autres mozzarelles. Vive le neufchâtel et son vieux compère, le camembert. Elle est âgée, pensais-je, il faut lui excuser ses petites manies.

marché 007.jpg

 -Bon très bien madame Bonbon, vous m'avez mis l'eau à la bouche, mais je suis embarrassé aujourd'hui, me feriez-vous crédit jusqu'à lundi, pour l'achat d'un petit fromage ?

 -Impossible mon bon monsieur, répondit-elle d'un ton confus, une larme dans la voix, en désignant du bras la petite agence de la Caisse d'Epargne sise sur la place, en face de son café.

 -Et pourquoi donc ?

 -J'ai passé un contrat moral, une sorte de modus vivendi, un accord de bon voisinage si vous préférez, avec mon banquier.

 - Ah oui ! lequel madame Bonbon, m'exclamais-je intrigué ?

-Je me suis engagée à ne jamais faire crédit à mes clients.

 -Et puis ?

 -Ben, la banque a promis de ne jamais vendre de fromages.

 J'en restai coi de stupeur. J'avais si souvent dans ma vie tiré le diable par la queue, qu'il ne restait qu'une solution pour me venger, c'était de me rendre à la Caisse d'Epargne pour tirer sur celle de l'Ecureuil.

(*) Le quartaut est une unité de mesure française de volume pour des liquides, en vigueur sous l'Ancien Régime. Le quartaut valait exactement le quart d'un muid de liquides. Il valait également le double d'un pied-du-roi cube et la moitié d'une feuillettedonc environ 68,555 litres... A la vôtre !

Commentaires

Magnifique petit reportage. Je reconnais que c'est vraiment dommage qu'il n'y ai pas de repreneur. Pourtant une salle où les personnes pourraient se retrouver ce serait formidable !
Bonne soirêe !

Écrit par : nathalie-noelle | 18/01/2013

Bonjour


L'histoire est bien amenée, je crois l'avoir déjà lue à propos d'un autre commerce. Je me demandais en voyant le bandeau dans quelle province française tu demeurais. Prairie, framboises,pommes et casquettes m'inclinaient vers la Normandie.

Le pays de Caux est il le pays de Cocagne ???


Bises du grillon

Écrit par : Christian | 19/01/2013

Les commentaires sont fermés.

 
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